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Où va le Pérou ?

Dernière mise à jour : août 2


Le nouveau Président Castillo devant le Congrès lors de son inauguration


Jean-Pierre Dumas

31/07/2021



L’élection de Pedro Castillo comme Président officiel du Pérou (il a gagné avec un peu plus de 40 000 voix d’écart sur 17.5 millions de votants) fait courir le risque au Pérou de tomber dans le communisme de type chaviste ou cubain, ce qui serait, pour ce pays, qui a connu une trajectoire économique positive, un voyage sans retour vers le déclin définitif.


Certes, le discours inaugural de P. Castillo peut sembler relativement modéré, la priorité du Gouvernement sera la santé, il veut un système de santé universel et gratuit, doubler le budget de l’éducation, créer un million d’emplois supplémentaires en un an, subventionner les familles nécessiteuses. Tout cela relève des vœux pieux des lendemains qui chantent, il se garde bien de nous dire avec quel moyen il financera ces dépenses. Le financement par la création monétaire des désirs de la population a déjà été expérimenté sous le premier gouvernement d’Alan Garcia (1985-90) ça s’est traduit par une inflation de 7400% en 1990.


Mais ce qui n’est pas vu en France (pays qui a une connaissance très approximative du Pérou et qui a une vision romantique du socialisme), c’est que le Pérou risque de s’engager dans une voix sans retour : le socialisme chaviste. Les médias français voient Castillo comme un maître d’école rural, le symbole de la revanche des peuples autochtones contre le « racisme » de la bourgeoisie liménienne, comme un socialiste qui va lutter contre la corruption (comme si le socialisme était un gage d’anticorruption), et contre les inégalités (qui sont réelles),


Derrière le gentil Castillo, il y a son Raspoutine, Vladimir Cerrón (pas mentionné dans la presse française) marxiste-léniniste convaincu qui a vécu 11 ans à Cuba et a adopté la pensée et la dialectique cubaine. Il n’a pas pu se présenter aux élections présidentielles pour corruption flagrante, c’est un ex-Président de la région du centre du Pérou (Junin) qui a été démis de ses fonctions pour corruption. Il a fondé le parti marxiste-léniniste «Perú libre». Castillo n’avait pas de parti, il a été soutenu par le parti de V. Cerrón, c’est un marxiste convaincu qui a fait ses études de médecine à Cuba où il a vécu 11 ans. Il a deux modèles de société : Cuba et le Venezuela.


Dans l’esprit de Cerron, qui a les idées claires d’un marxiste-léniniste convaincu, il y a un gouvernement (transitoire) et un parti permanent «les gouvernements passent, le parti reste». Le Gouvernement devra suivre la ligne du parti créé par Cerron et ce parti est ouvertement marxiste-léniniste. Pour imposer le parti, il faut changer de constitution dans un cadre «démocratique».


Dans son discours inaugural devant le Congrès, le nouveau Président du Pérou a laissé entrevoir sa vision du pays: un modèle vénézuélien (il est ironique que le peuple péruvien ait voté pour un candidat provénézuélien alors qu’il y a, au Pérou, environ un million de réfugiés vénézuéliens qui ne sont rien d’autre que l’évidence de l’échec du modèle chaviste).


Pour changer de modèle de société, dans un cadre qui est encore démocratique, il faut deux choses, 1) changer la Constitution afin de donner au Parti le contrôle du pouvoir “El Partido ha ganado el Gobierno constitucional Cerron et 2) inclure une partie des forces armées dans le processus révolutionnaire.


1) Le discours d'inauguration de P. Castillo semble esquisser cette stratégie (qui vient directement de Cerron “Se debe entender claramente que el pueblo votó para cambiar la Constitución Política de 1993”). Aussi P. Castillo a déclaré dans son discours inaugural : « je jure devant les peuples du Pérou, pour un pays sans corruption et pour une nouvelle Constitution », pour la remplacer par une constitution de type communiste où le parti commande le Gouvernement.


Le Président, qui n’est pas à une contradiction près, commence par dire qu’il faut respecter l’art. 206 de la Constitution actuelle qui stipule que toute réforme constitutionnelle doit être approuvée par la majorité du Congrès et ratifiée par référendum. Ce Président n’a pas la majorité au Congrès, ce qui, dans un système démocratique, empêche tout changement de Constitution. Aussi Castillo propose, dans le même discours, de créer une assemblée constituante différente du Congrès qui sera bien sûr élue par le peuple et qui n’aura qu’un objectif, formuler la nouvelle Constitution. Puis toujours dans la foulée, le Président nous dit que cette assemblée «démocratique» sera composée de personnes choisies parmi les représentants du peuple. C’est le système communiste, le parti choisit ceux qui ont le droit de voter au nom du peuple.


Dans le pire des cas, l’assemblée est dissoute et les juges sont remplacés et nommés par le parti. Qui est derrière le parti ? V. Cerron. Tout le monde sait que, quand un régime de type cubain ou vénézuélien s’installe dans un pays, les élections démocratiques n’ont plus aucun sens. Autrement dit, ce qui est en filigrane, derrière ce discours, est un changement de constitution pour un changement sans retour de régime. C’est d’ailleurs ce que Cerron, dans son discours du congrès du parti Peru Libre (2021), dit explicitement, il ne suffit pas de gagner le pouvoir mais il faut aussi se succéder à soi-même «no solo es necesario acceder y sostenerse en el gobierno, sino además saber sucederse en el gobierno...finalmente el Gobierno pasa, el Partido queda»; si ce n'est pas le communisme, qu'est-ce que c'est?


Pour contrôler la population, on fera appel à des milices («los ronderos») soigneusement choisies parmi les membres du parti. Quand on sait que le nouveau Premier Ministre, G. Bellido, est partisan de «Sendero Luminoso» qui a mis le pays à feu et à sang, on peut être inquiet sur le rôle des «ronderos».


2) Comment convaincre les forces armées de suivre ce nouveau régime? En utilisant la méthode chaviste, en lui faisant partager les « fruits » de la corruption, en associant le haut commandement militaire au «développement du pays», en l’associant à l’exécution de projets de «développement» source de prévarication et en les nommant à la tête des nouvelles entreprises publiques qui vont remplacer les entreprises minières qui «exploitent» le pays. Le résultat est que le Venezuela, le pays le plus riche en ressources naturelles de l’Amérique Latine est aujourd’hui le plus misérable et que sa population est obligée de s’exiler pour survivre, c’est cela la réalité du socialisme.


Dans le nouveau gouvernement du Pérou, le Premier ministre, G. Bellido, nommé par le Président, est un marxiste convaincu, il a été condamné pour apologie du terrorisme (il ne faut pas oublier que le Pérou a subi le terrorisme de «Sendero luminoso » de 1980 à 2000, cause de plus de 60 000 morts et de destruction massive de l’économie péruvienne).


Certes, le ministre de l’économie et des finances P. Francke a la réputation d’être compétent et non irresponsable (comme le Premier Ministre). Il semble que le Président de la Banque Central du Pérou (BCP) garant de la stabilité monétaire restera à la tête de la BCP, c’est un bon signal. Auront-ils le pouvoir et la capacité à s’opposer à des marxistes déterminés?


L’histoire nous a montré le peu de cas que font une petite bande de marxistes déterminés face à un gouvernement socialiste. Nous avons développé la thèse d’un changement radical de régime politique et économique au Pérou, certains soutiennent que c’est encore trop tôt et que le Pérou peut suivre une expérience socialiste de type Alan Garcia. Il y a trois indicateurs à suivre au Pérou, i) y aura-t-il une nouvelle Constitution? ii) Est-ce que ce nouveau Gouvernement va contrôler (nationaliser) les entreprises qui exploitent les ressources naturelles du Pérou? iii) Est-ce que l’armée va suivre ce nouveau Gouvernement de type marxiste ? C’est l’avenir du Pérou qui est en jeu.



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