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Valéry Giscard d’Estaing le premier Président socialiste français…

Dernière mise à jour : 5 déc. 2020

Jean-Pierre Dumas


Source : Philippe Wojazer/AFP


Jean-Pierre Dumas

Paris, 4 décembre 2020*


*Nous remercions G. Néel (Les politiques publiques en France: de la faillite à l'espérance, chez LIBRINOVA Mai 2020) qui a critiqué une version ultérieure qui comportait des chiffres sur les ratios des dépenses publiques erronés en particulier durant la période Giscard d’Estaing. L’erreur vient du fait que j’ai utilisé les chiffres du FMI sur la période 1959-1980, https://www.imf.org/external/datamapper/exp@FPP/FRA?zoom=FRA&highlight=FRA. Ces chiffres sont faux, du moins pour la France et pour les finances publiques et pour la période 1950-1980, après les chiffres du FMI sont cohérents avec ceux de l’INSEE. Il semble que le FMI utilise le concept d’État avant1980 et le concept d’administration publique après cette date, autrement dit il y a une rupture de concept dans la série.



Le seul jour de la vie d’un homme où il y a unanimité pour le célébrer est le jour de son décès. Je n’ai pas l’intention de troubler cette belle unanimité. L’objectif de ce modeste papier ne consiste pas à revoir la vie et l’œuvre du Président Giscard, mais présenter un point occulté dans le débat actuel.


Le titre surprendra, VGE est connu a priori comme un libéral et non comme un socialiste; certes, mais si le Président a mené une série de réformes sociétales pour moderniser la société française, il a accru, d’une manière significative (et permanente), le ratio des dépenses publiques françaises.


Le ratio des dépenses publiques par rapport au PIB a décollé depuis VGE et n’a jamais baissé depuis


Source: INSEE, les données du FMI sur le ratio des dépenses publiques avant 1980 sont fausses


Le ratio des dépenses publiques a augmenté sous le Général de Gaulle, +six points de PIB en dix ans, on est en période de croissance et le niveau n’est pas encore trop élevé. Il est resté stable sous G. Pompidou à 40% du PIB. Puis il a sauté de neuf points de PIB durant le mandat de VGE, certes, cet accroissement en l’espace d’un septennat doit être vu dans son contexte. La France a subi le choc pétrolier et la mentalité française a dû changer après la révolte de 68, les Français ont aspiré à une société du ‘welfare’ avec plus de gratuité des services publics, plus de dépenses sociales, plus de fonctionnaires, etc.


Tableau : Le ratio des dépenses publiques durant les mandats des Présidents de la République française


Source : INSEE (les chiffres sur les finances publiques fournis par le FMI jusqu’en 1980 sont faux).



Il faut se méfier des mots qui masquent parfois la réalité, le Président Giscard d’Estaing, considéré comme un libéral sur le plan sociétal, a accru d’une manière significative le niveau des dépenses publiques et cela d’une manière irréversible, il sera suivi par un autre Président de droite (N. Sarkozy) et par notre Président actuel qui est considéré aussi (à tort) comme libéral. Certes, tous ont une excuse, la crise, là où ils sont moins excusables est qu'ils ont permis toujours plus de dépenses permanentes (récurrentes).


On doute que les journalistes mentionnent ce fait, on glosera, à juste titre, sur les réformes sociales, juridiques, et constitutionnelles, mises en œuvre par VGE, personne ne s’intéressera à ce fait de société qui est le passage d’un monde libéral à un monde socialiste (le socialisme consistant à financer toujours plus de dépenses publiques pour la classe moyenne). Le Président VGE n’est sans doute pas l’initiateur de ce mouvement, il l’a tout simplement accompagné et sera suivi par la suite par un autre Gouvernement qui lui sera ouvertement socialiste et qui a continué l’œuvre entreprise, le Gouvernement de F. Mitterrand a augmenté le poids des dépenses publiques de six points de PIB (à partir d’un niveau plus élevé).


Dernière remarque, les dépenses publiques françaises augmentent par paliers, elles ne diminuent pas, cela signifie que, comme l’avait parfaitement reconnu le regretté VGE, les Français ne veulent pas la réforme (qui consisterait à remettre en cause certains avantages acquis), mais veulent, disait-il « le changement », le changement dans la continuité (c’est-à-dire pas de changements qui puissent remettre en cause les avantages acquis de la classe moyenne). Notre Président, qui fait face à une crise sanitaire sans précédent, a un comportement similaire à celui de VGE.


En fait il y a une ambiguïté dans le mot de "libéralisme" qui ne signifie pas la même chose pour tous. Le libéralisme pour les Français, nous disait VGE dans un grand interview à la Revue des Deux Mondes (octobre 2015), "C’est un libéralisme de protection des droits de l’individu, pas un libéralisme d’organisation de la société...Notre libéralisme n’est pas constructif et organisateur. C’est plutôt une posture de défense des droits de l’individu. »



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